Le PP vide de sa substance la loi sur les Sahraouis
Initialement votée par le Congrès pour faciliter la naturalisation des Sahraouis, la loi a été profondément modifiée par la Chambre haute. Le Parti Populaire a supprimé les mécanismes d'exception, limitant la portée du texte.

Un tournant législatif au Sénat espagnol
Le processus législatif concernant l'octroi de la nationalité espagnole aux personnes nées au Sahara occidental avant 1977 a connu un revirement majeur lors de son passage au Sénat [1][2]. Alors que le Congrès des députés avait initialement approuvé une proposition de loi visant à ouvrir une voie exceptionnelle vers la citoyenneté pour ces individus et leurs descendants, la Commission de la justice de la Chambre haute a modifié substantiellement ce texte [2][3].
L'intervention du Parti populaire (PP), qui détient la majorité au sein de cette commission, a conduit à l'adoption de neuf amendements visant à restreindre la portée du projet initial [3][4]. Ces modifications transforment un projet de reconnaissance politique et de réparation coloniale en une simple mise à jour technique du Code civil [2][4].
La suppression de la "carta de naturaleza"
Le point de rupture central réside dans la suppression de la "carta de naturaleza", un mécanisme qui permettait une naturalisation simplifiée et exceptionnelle [3][4]. Dans la version adoptée par le Congrès, ce dispositif offrait un accès direct à la nationalité pour les Sahraouis nés avant le 29 septembre 1977, date marquant la fin effective de l'administration espagnole dans la région [1][5].
En vidant le texte de cette disposition, le PP élimine la voie dérogatoire qui aurait permis à des dizaines de milliers de personnes d'obtenir la nationalité espagnole sans remplir les conditions classiques de résidence [4][5]. Désormais, le seul avantage subsistant est la réduction du délai de résidence légale à deux ans, une mesure nettement moins inclusive que la naturalisation directe initialement prévue [4].
Enjeux diplomatiques et perspectives régionales
Cette modification législative s'inscrit dans un contexte de sensibilité diplomatique accrue entre Madrid et Rabat [6]. L'octroi massif de la nationalité espagnole à des populations du Sahara occidental aurait pu être perçu comme une reconnaissance politique implicite ou une ingérence dans la gestion du territoire, créant ainsi des tensions avec le Maroc [2][6].
L'orientation prise par le Sénat semble ainsi viser un équilibre entre une forme de reconnaissance symbolique et la volonté de ne pas fragiliser les relations bilatérales avec le Royaume [6]. En limitant l'accès à la nationalité à une simple modification administrative, l'Espagne réduit le risque de rupture diplomatique tout en neutralisant l'impact politique majeur que recherchaient les partisans de la loi initiale [2][6].



