En Ethiopie, la prise de Makalé par l’armée fédérale ravive les craintes d’un conflit régional dans la Corne de l’Afrique
L'armée fédérale éthiopienne a repris le contrôle de Makalé, mettant fin à une trêve fragile depuis 2022. Ce regain de violence entre le gouvernement central et le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) fait craindre une nouvelle escalade humanitaire et politique.

L'échec du processus de paix et la reprise des combats
La reprise des affrontements fin septembre dans le nord de l'Éthiopie marque l'échec concret de la mise en œuvre du pacte de paix signé en novembre 2022 à Pretoria [1][3]. Cet accord, qui visait initialement à mettre un terme à un conflit dévastateur ayant duré deux ans, n'a pas permis de construire un règlement politique durable entre le gouvernement fédéral et les forces tigréennes [1]. Les tensions accumulées durant les derniers mois ont finalement conduit à une rupture brutale du cessez-le-feu, plongeant à nouveau la région dans la violence armée [1][4].
La prise de Makalé par les forces fédérales constitue un tournant stratégique majeur dans ce nouveau cycle de violence [4]. Alors que des centaines de combattants rebelles ont capitulé face au gouvernement d'Addis-Abeba [2], la situation reste volatile. Le président du gouvernement du Tigré, Debretsion Gebremichael, a néanmoins affirmé que l'alliance formée pour résister au pouvoir central était désormais « irréversible », suggérant que la chute de la capitale régionale pourrait ne pas suffire à éteindre la rébellion [4].
Un risque d'escalade régionale et géopolitique
Le conflit éthiopien ne se limite pas à une lutte interne, car il impacte directement la stabilité de la Corne de l'Afrique. La région est déjà fragilisée par des tensions persistantes entre l'Éthiopie et ses voisins, notamment concernant l'accès à la mer et la gestion des ressources hydrauliques [1]. Une instabilité prolongée à Makalé et dans le Tigré pourrait encourager d'autres mouvements insurrectionnels ou pousser des puissances étrangères à intervenir pour protéger leurs intérêts stratégiques dans own zone [1].
Pour le Maroc et les partenaires africains, ce regain de tension est préoccupant car il menace les flux commerciaux et la sécurité collective sur le continent [1]. L'Éthiopie, puissance démographique et économique majeure de l'Afrique de l'Est, joue un rôle pivot ; son effondrement ou sa fragmentation interne pourrait créer un vide sécuritaire propice à l'expansion de groupes terroristes ou à l'exacerbation des rivalités interétatiques dans une zone déjà très volatile [1][3].
Conséquences humanitaires et perspectives d'avenir
Le retour à la guerre fait craindre une catastrophe humanitaire d'une ampleur similaire à celle observée entre 2020 et 2022, période durant laquelle des millions de civils ont été déplacés et confrontés à une famine sévère [1][3]. La reprise des combats dans des zones déjà ravagées par les conflits antérieurs risque d'annuler les modestes progrès réalisés en matière d'aide humanitaire et de reconstruction des infrastructures de base [1].
L'avenir dépendra désormais de la capacité d'Addis-Abeba à intégrer les forces rebliques ou à imposer une paix durable sans recourir à une répression systématique qui alimenterait la résistance [2][4]. Si le gouvernement fédéral parvient à stabiliser le Tigré, la pression internationale sera cruciale pour transformer cette victoire militaire en un dialogue politique inclusif, afin d'éviter que la région ne retombe dans un cycle perpétuel de guerres civiles [1][3].


